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«Je trouve ce que vous faites à la fois génial et nécessaire. »

Sonja Dinner

« Nous devons être solidaires »

The Dear Foundation apporte son soutien à des projets du monde entier destinés à des personnes dans le besoin. L’an dernier, la fondation a notamment aidé Table Suisse en lui faisant un don généreux de 40 000 CHF. Nous avons rencontré sa fondatrice Sonja Dinner et avons évoqué avec elle les contributions personnelles, les dons et la pauvreté.

tour de table : Vous venez de rentrer d’un voyage. Où donc êtes-vous allée ?

Sonja Dinner : J'ai rencontré hier l’économiste britannique Sir Paul Collier à l’occasion d’une conférence. Alors qu’il a été par le passé l’une des voix les plus critiques à l’égard de la politique de réfugiés d’Angela Merkel, elle vient de le nommer conseiller. Notre conversation m’a inspirée.

Quelle approche adopte la fondation The Dear Foundation ?

Une approche résolument tournée vers l’économie d’entreprise dans l’aide humanitaire. A nos yeux, tout s’articule autour du renforcement des capacités des personnes dans leur pays – ce qui prend en définitive toujours la forme d’une formation.

Et concrètement, pour les projets que vous soutenez ?

The Dear Foundation s’implique dans la formation de base. Nous souhaitons que chaque enfant sache lire, écrire et compter. J’ai l’intime conviction qu’en cas de besoin, six à douze mois de formation scolaire suffisent pour qu’une jeune fille éduque différemment ses enfants. Qui plus est, une jeune fille qui a reçu une éducation n’a pas treize enfants. Dans les structures fortement marquées par le patriarcat, notamment, nous nous employons pour que les femmes puissent être autonomes, mener une vie dans la dignité et transmettre leurs valeurs. C'est la seule manière de lutter contre la pauvreté la plus massive. 

 

Pouvez-nous illustrer votre propos par un exemple ?

Au Ghana, nous octroyons de nombreux microcrédits aux couturières, artisans et salons de coiffure. Dans ce pays, on va deux fois par semaine chez le coiffeur : cela ne coûte pas cher et ces instants dans le salon ont une fonction sociale. Nous en tirons parti pour notre cause : c'est ainsi que nous avons lancé une grande campagne d’information sur le cancer du sein. Car s’il n'existe aucun vaccin contre le cancer du sein, il peut souvent être guéri s’il est détecté à temps. Nous avons élaboré une app où un médecin explique comment chaque femme peut procéder à une palpation. De même, un imam explique aux femmes musulmanes qu’elles peuvent elles aussi s’examiner, et que les hommes ne doivent pas quitter leur femme si on leur diagnostique un cancer du sein. Nos projets sont toujours indissociables de la formation et du renforcement des capacités des femmes, pour qu’elles soient en mesure de vivre en étant moins dépendantes de leurs maris.

Des organisations d’entraide peuvent également faire une demande de soutien financier à The Dear Foundation. Comment choisissez-vous les organisations qui en bénéficient finalement ?

C’est très difficile. Pour l’heure, nous apportons notre soutien à plus de 100 projets individuels. Lorsque j'ai créé cette fondation il y a onze ans, mon aspiration par excellence était d’être équitable. J'ai vite compris que c’était impossible. Nous entrons en matière là où nous avons des partenaires fiables. Des décisions éthiquement et moralement difficiles, et qui m’empêchent souvent de dormir. Elles ne sont pas les seules : quand je coupe les ongles des pieds à un enfant dans une décharge publique du Guatemala, cette image me hante aussi un moment.

Vous passez allègrement d’un niveau à un autre. Comment y parvenez-vous ?

Je ne me cantonne pas à des cases particulières – j’alterne les visites aux personnes les plus pauvres avec des réunions avec des chefs d’Etat. C'est ce qui fait notre différence et nous démarque des autres organisations. Ce faisant, il s’agit de savoir quels sont les besoins en présence. En disposant du luxe de l’autofinancement, nous pouvons rester sur place même une fois que le site du projet n'est plus sous les projecteurs de la presse.

Comment financez-vous votre fondation ?

Nous avons un patrimoine qui est aussi bien placé que possible. C’est ce qui finance notre structure. De même, c’est notre patrimoine qui paie les frais administratifs et de ce fait, les dons sont tous directement alloués aux projets. Et si quelqu’un souhaite soutenir notre approche, nous acceptons volontiers les donations et les legs – mais nous n’en dépendons pas.

Visitez-vous tous vos projets ?

Oui, nous sommes présents sur place. Et par exemple, je paie aussi des machines à laver à une institution pour personnes handicapées en Russie, pour m'assurer que nos partenaires utilisent l'argent comme nous l'avons convenu. Encore une fois, notre approche est foncièrement tournée sur l’économie.

Comment amener la population à faire des dons ?

A mon sens, il est important qu’il y ait un intérêt personnel, un lien avec le pays où vous souhaitez donner votre argent. Mais on peut faire le bien partout. Nous souhaitons activer l’humanisme de la population. Pour ce faire, je collecte parfois auprès des enfants des pièces de 50 centimes en leur disant qu’elles permettront d’acheter des chaussures à un enfant en Afrique. De cette manière, la solidarité devient un besoin humain bien ancré. Mais dans l’aide humanitaire, la rationalité prime sur l’émotivité. Evidemment, il est plus facile de collecter des fonds en présentant d’adorables photos d’enfants. Mais les enfants handicapés de Saint-Pétersbourg ne sont pas mignons, et c’est dans ce cas plus difficile de trouver des donateurs. En Suisse, bien entendu, la pauvreté n'est pas la même. Mais elle est loin d’être anecdotique. Ici aussi, nous avons la responsabilité d’aider. 

Vous en appelez à chacun d’entre nous...

En tant qu'entrepreneuse, je suis issue de la classe moyenne. J'en suis très reconnaissante. Mon père répétait sans cesse qu’il fallait partager. Que les personnes qui naissaient en Suisse avaient beaucoup de chance. Peu à peu, on en prend conscience. Je crois que nous sommes tous tenus d’apporter notre aide, dans la mesure de nos possibilités individuelles.

L’an dernier, The Dear Foundation a fait un don de 40 000 CHF à Table Suisse. Pourquoi ?

Je trouve ce que vous faites à la fois génial et nécessaire. Enfants, on nous répétait qu’il fallait finir notre assiette à cause des enfants pauvres d’Afrique. Mais j’aime à aller un peu plus loin dans la réflexion, et je trouve que Table Suisse devrait exiger une contrepartie à ses bénéficiaires. De même, les institutions sociales devraient elles aussi demander à leurs clients d’apporter une contribution.

Pourquoi donc ?

Parce que rien n'est gratuit dans la vie. Certaines offres doivent bel et bien être gratuites parce que nombre de personnes ne peuvent rien payer en échange. Mais celles et ceux qui le peuvent devraient payer – c’est la seule manière de stimuler la solidarité. Au sein de notre société, ce qui ne coûte rien n'est pas vraiment estimé à sa juste valeur. Et il y a également le problème de la durabilité. Nous devons garder une chose à l'esprit : le gâteau des donateurs à se répartir entre bénéficiaires est de plus en plus petit. Cette contribution peut également prendre la forme d’un service – faire la vaisselle ou réparer une clôture. Dans l'esprit humain, les contributions personnelles ont quelque chose d’élémentaire. Il faut toujours se pencher pour pouvoir récolter ce qu’on a semé. Sans faire cet effort, impassible d’être rassasié. Une manière aussi de boucler le cercle du renforcement des capacités si important à nos yeux : nous te donnons une formation, de la nourriture, de la sécurité, mais en contrepartie, tu dois faire quelque chose.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose d’important ?

Si je devais m'adresser à Table Suisse, je dirais : continuez comme cela. Gagnez en influence. Je suis plus que jamais convaincue que c’est important. Et à toutes les lectrices et tous les lecteurs de tour de table, je veux dire : faites preuve de générosité envers Table Suisse.

The Dear Foundation

Etablie à Affoltern am Albis (ZH), la fondation aide les personnes dans le besoin. Dans les projets qu’elle sélectionne, elle met l'accent sur la formation, la santé, la protection des enfants, les droits des femmes et l’empowerment. The Dear Foundation a été fondée en 2001 par Sonja Dinner. Elle emploie à l’heure actuelle cinq femmes en Suisse, trois personnes à Jérusalem, une personne au Liberia et environ 200 collaborateurs locaux. Tous les projets sont inspectés sur place, et 100% des dons reçus servent à financer les projets.